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Résumé
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue l’un des piliers de l’Agenda 2063 et ambitionne de transformer l’intégration économique du continent. Au-delà de sa dimension commerciale, cet article l’analyse comme un espace de reconfiguration des marges de souveraineté stratégique africaines. En mobilisant une approche qualitative fondée sur l’économie politique internationale et une grille analytique structurée autour de quatre variables — normes, infrastructures, récits et mécanismes financiers — l’étude examine dans quelle mesure la ZLECAf élargit ou encadre l’autonomie continentale. Les résultats montrent qu’elle favorise la consolidation d’une capacité normative collective, la structuration de chaînes de valeur régionales et la réduction partielle des dépendances monétaires à travers des dispositifs tels que le PAPSS. Toutefois, ces avancées demeurent contraintes par des asymétries internes, des dépendances infrastructurelles et technologiques, ainsi que par la projection normative et financière d’acteurs externes. La ZLECAf apparaît ainsi comme un processus institutionnel contingent, dont l’impact sur la souveraineté stratégique dépendra de la capacité africaine à internaliser sélectivement les interdépendances globales.
Introduction
L’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en janvier 2021 marque une étape structurante dans l’histoire contemporaine de l’intégration africaine. Conçue comme le socle économique de l’Agenda 2063, elle ambitionne de constituer un marché continental intégré regroupant cinquante-cinq États, plus de 1,3 milliard d’habitants et un produit intérieur brut combiné estimé à près de 3 000 milliards de dollars (Banque mondiale, 2020). Si la littérature dominante en souligne principalement les effets attendus sur le commerce intra-africain, la croissance et la réduction de la pauvreté (CNUCED, 2021), l’accord s’inscrit dans un environnement stratégique plus large marqué par une recomposition des rapports de puissance à l’échelle mondiale.
Cette recomposition, que certains auteurs qualifient de « géopolitique 3.0 », se caractérise par le déplacement des instruments d’influence vers la maîtrise des normes, des infrastructures numériques, des flux informationnels et des cadres réglementaires (Choukri, 2022). Dans ce contexte, les accords économiques ne constituent plus uniquement des dispositifs commerciaux ; ils deviennent des espaces de projection normative et de structuration stratégique. La ZLECAf ne fait pas exception. Son architecture réglementaire, ses mécanismes d’assistance technique et son insertion dans des programmes tels que le Global Gateway européen (Union européenne, 2022) ou les cadres sino-africains du FOCAC (2021) traduisent une imbrication croissante entre intégration continentale et dynamiques d’influence externe.
Dès lors, la question centrale ne porte pas uniquement sur les gains économiques attendus, mais sur les effets stratégiques de ces interactions normatives et informationnelles. L’enjeu dépasse la libéralisation tarifaire pour toucher à la capacité des États africains à préserver et à structurer leur souveraineté dans un environnement marqué par des asymétries technologiques, financières et réglementaires. La ZLECAf apparaît ainsi comme un espace de redéfinition des marges de souveraineté stratégique, plutôt qu’un simple instrument de coopération commerciale.
La problématique de cet article peut dès lors être formulée comme suit : comment les dynamiques de projection normative et d’influence informationnelle autour de la ZLECAf participent-elles à la redéfinition des marges de souveraineté stratégique des États africains ?
Cette interrogation conduit à trois objectifs scientifiques principaux :
- Identifier les mécanismes normatifs et informationnels qui structurent l’environnement stratégique de la ZLECAf ;
- Analyser la manière dont les puissances extérieures et les institutions internationales mobilisent ces mécanismes dans leurs stratégies d’influence ;
- Évaluer les effets de ces dynamiques sur les marges de souveraineté stratégique des
États africains.
L’étude adopte une approche qualitative fondée sur une revue de littérature académique et une analyse documentaire critique de rapports institutionnels (Union africaine, Banque mondiale, CNUCED, Union européenne, FOCAC). Cette démarche est éclairée par une grille de lecture en intelligence informationnelle, permettant d’examiner les interactions entre normes, récits, infrastructures et rapports de pouvoir.
L’article s’organise en quatre parties. La première présente le cadre théorique articulant panafricanisme, économie politique de l’intégration régionale et intelligence informationnelle. La deuxième analyse les mécanismes normatifs et informationnels à l’œuvre dans l’environnement stratégique de la ZLECAf. La troisième examine les stratégies d’influence externes et leurs implications pour les marges de souveraineté continentale. Enfin, la discussion propose une lecture synthétique des recompositions de pouvoir observées et identifie les conditions susceptibles de renforcer une souveraineté stratégique africaine dans le cadre de l’intégration continentale.
La ZLECAf et la reconfiguration des marges de souveraineté stratégique africaine (697,3 Ko)
- Page de couverture.pdf (489,6 Ko)